Sur Leibniz Les principes et la liberté

Cours Vincennes - St Denis : fragments
Cours du 05/05/1987

« Et voilà que je tombe sur un texte auquel je ne pensais plus….Je me suis rappelé un livre très curieux de Husserl, et ce livre très curieux de Husserl s’appelle Méditations cartésiennes. .Le titre faisait hommage a la France. Et très bizarrement Husserl invoque au début Descartes, et plus ça avance et plus il invoque non pas Leibniz, mais les monades. Et c’est un terme si bizarre sous la plume de Husserl…Husserl a fait en France un certain nombre de conférences, en France, qui ont été traduites sous le titre de Méditations cartésiennes. Les monades, c’est un terme si bizarre sous la plume de Husserl qu’on se dit : qu'est ce qu’il se passe. C’est surtout dans la 5eme Méditation. Husserl nous dit, sans même se référer a Leibniz : Appelons monades l’EGO, le moi,avec ses APPARTENANCES. On voit ce qu’il veut dire :je perçois la table, c’est une appartenance de l’ego. J’ai l’habitude de percevoir la table, c’est une appartenance de l’ego. . C’est intéressant puisque les intentionnalités, les consciences DE quelque chose sont des appartenances de l’Ego. Et dans un texte très curieux Husserl va tellement loin qu’il dit que ce sont des TRANSCENDANCES IMMANENTES. Les INTENTIONNALITES sont des TRANSCENDANCES, transcendance de la conscience vers la chose, mais ce sont des transcendances immanentes puisque ces intentionnalités sont immanentes à la monade. La monade c’est l’EGO saisi avec toutes ses appartenances or toutes les intentionnalités sont des appartenances. Et voilà qu’il pose une étrange de question, Husserl : comment est-ce qu’on va passer de la transcendance immanente à une TRANSCENDANCE OBJECTIVE, i.e est ce qu’il y a moyen pour la monade, en quelque sorte, de sortir d’elle même. Chez Leibniz la monade est sans porte ni fenêtre, pas question qu’elle sorte d’elle même. A première vue pas question, comment sortirait-on de soi-même. Et voilà que Husserl raconte une drôle d’histoire : c’est curieux parce que l’Ego dans ses appartenances, ie la monade c’est parmi ses appartenances une appartenance très particulière, c’est quelque chose qu’elle identifie comme l’AUTRE, quelque chose chose qu’elle identifie comme un corps vécu, le corps vécu de l’Autre. Et ça c’est une intentionnalité spéciale, pourquoi ? Parce que c’est une intentionnalité vide. Et des INTENTIONNALITés VIDES j’en ai beaucoup. Je regarde cet appareil, l’intentionnalité vide c’est la face que je ne vois pas. Seulement il suffit que je fasse l’effort qui m’intéresse et cette intentionnalité vide, elle se remplit. Tandis que dans mes appartenance, je rencontre un de vous, c’est une intentionnalité vide, mais en quel sens ? Quoique je fasse, Je ne serais pas à votre place et que vous serez vous-même. Je découvre dans les appartenances de ma monade quelque chose chose, un corps vécu , qui ne peut renvoyer qu’a une autre monade. Si vous vous rappelez L’ETRE et le NEANT on voit bien que Sartre c’est inspiré de ce texte précis de Husserl, en le redoublant, Sartre se voit dans un jardin public, il voit des fleurs et là il voit quelqu’un…il aime les métaphores misérabilistes, il dit que c’est comme si c’était un monde qui fuyait par un trop dégoût, c’est comme si son monde s’écoulait dans le sens de l’autre. Il n’est plus le centre du monde. Ce qui m’intéresse dans tout ça c’est comme si le corps vivant est l’espèce de ligne qui fait passer d’un domaine à l’autre. Est ce qu’on pourrait dire que le père de tout ça c’est Leibniz ? Hélas non. Mais je ne suis pas sur que ce ne soit pas lui qui ait raisons. Leibniz nous dirait quelque chose comme : dans les appartenances de la monade il y a quelque chose qui est curieux c’est que jamais, jamais on ne pourrait sentir-je crois qu’on trouverait des textes de Leibniz tournant autours de l’idée suivante : il n’y aurait que les monades s’il n’y avait pas des animaux, s’il n’y avait pas des vivant. C’est le vitalisme qui le sort du spiritualisme ; C’est pour ça que à mon avis c’est l’inventeur de la psychologie animale. Il a besoin des animaux. Il dit que ceux qui ne croient qu’il n’y a que les monades et que ce qui est inhérent aux monades, ce qui est inclus dans les monades, ne peuvent croire que à des âmes humaines, c’est évidemment les bêtes qui d’une certaine manière vont vous forcer à conclure qu’il y a des corps. Alors lui il ne dirait pas comme Husserl que c’est l‘existence d’autrui , pour une simple raison c’est que dans les monades fermées il n’y a pas de rencontre avec autrui. Il faut expliquer la rencontre avec autrui, elle ne peut se faire qu’en dehors des monades, il ne peut pas se le donner,, dans la cinquième méditation. D’ailleurs je ne suis pas sur que Husserl puisse se donner la rencontre avec-il ne dit pas- autrui, mais la rencontre avec le corps vécu d’autrui, tout simplement parce que ça excède le pouvoir de perception contenus dans les monades, donc il ne peut pas se le donner. Il parle d’une genèse, il faudrait une genèse, et il n’a pas assez de données pour faire une genèse du corps vécu, dans la cinquième méditation. Il est très beau ce texte, voyez le. Je voudrais vous faire sentir que toute morale de l’événement à ces deux coordonnées :
soit digne de ce qui t’arrive, d’une part , et d’autre part sache l’inscrire dans ta chaire. Il faut parfois que tout agisse. Qu’est ce que c’est qu’une civilisation. Chaque civilisation provoque des manières d’inscrire dans la chaire, chaque civilisation nous propose des manières d’être digne ou pas. Le bouffon…..
D’une manière plus complexe, On apprend que le bouffon était le seul à inscrire dans sa chaire à être digne de ce qui arriverait. On ferait une ligne qui commencerait par être droite, horizontale, et puis on la ferait bifurquait en deux, comme une petite branche. On mettrait « évènement » sur la ligne droite, et sur la bifurcation, la bifurcation d’en haut on mettrait VIRTUEL, c’est clair, sur la bifurcation du bas on mettrait, qu’est-ce qu’on mettrait, on mettrait POSSIBLE, et puis là on mettrait une grosse boule avec écrit ACTUEL, ce serait la Monade. La monade inclut le monde VIRTUEL. Elle l’Actualise, elle est ACTUELLE. De l’autre coté on mettrait donc POSSIBLE, et on mettrait à la fois une boule, on mettrait des trucs, et cette fois ce serait REEL, avec une erreur qu’il ne faudrait pas faire. Ça aurait l’air de dire que c’est la matière qui est réelle. Non, ce n’est pas la matière qui est réelle. Mais la matière acquière la réalité qu’elle peut, ou qui lui correspond, lorsque un RZALISANS ,dont nous savons d’avance qu’il concerne le corps vécu, incarne dans la matière ; la matière prend de la réalité quand elle incarne l’ événement. Là je ne peux pas dire mieux. Vous voyez. C’est pour ça qu’il y a deux étages, les deux étages c’est le circuit de l’événement. Et pourtant, vous sentez qu’il n’y aura jamais de rapports directs entre l’âme et le corps. Les deux étages resteront toujours séparés, simplement je dis que le réalisans ce sera peut-être ce qui fait passer de l’un à l’autre, de l’un à l’autre des aspects de l’événement. Le réalisans n’apparaît que dans les dernières années
De Leibniz, avant il se contente d’invoquer une correspondance entre les deux étages, l’étage du dessus et l’étage du dessous. Et tout à fait à la fin il arrive à quelque chose de plus profond : Il ne suffit pas que l’événement s’actualise dans les monades, il faut qu’il se réalise dans le corps qui va expliquer le rapport de la monade et du corps vécu. Si bien que, à la fin, vous avez trois aspects : l’âme et les plis dans l’âme, les plis dans l’âme ce sont les événements qui s’expriment dans l’âme ; la matière et les replis de la matière, c’est à dire ce dans quoi l’événement se réalise, et entre les deux, assurant la réalisation, le REALISANS , qui ne peut plus être ni monade lui-même, ni corps vécu, mais qui ne peut être qu’une chose, ce qui rapporte le corps vécu à la monade, ce sera le rapport des plis dans l’âme aux plis de la matière, et ça répondra au nom latin de VINCULUM SUBSTANCIALAE, le VINCULUM c’est la chaîne, c’est le nœud . Qu’est ce que c’est que cette chaîne. Est ce qu’il fallait une chaîne pour que les deux sortes de plis se correspondent ? Pourquoi cette chaîne au dernier moment. Est ce que c’est elle qui va décider des textures de la matière, mais aussi des qualités de l’âme. On va être relancer dans toute une philosophie qui va nous confirmer non seulement qu’il y avait des plis dans l’âme et des replis de la matière, mais il faut faire intervenir un vinculum qui, si c’était possible, coudrait les uns aux autres, en fait il ne coud pas les uns aux autres, mais il coud singulièrement un corps vécu, un corps vivant, qui est le corps de la monade. C’est tout ça qu’il faut voir d’un peu plus prêt. Il faut que vous sentiez quelque chose, là Leibniz nous fait sentir quelque chose, et moi aussi je voudrais vous faire sentir quelque chose. C’est une conception de l’événement. Qu’est ce que vous voulez que ce soit, un événement, sinon quelque chose qui vous fait tenir droit ou bien quelque chose qui vous fait vous coucher. Quelque chose qui fait appel à une dignité qui n’a rien à voir avec quelqu’un nous regarde. C’est aussi quelque chose qui fait une plaie, ou qui gratte, il y a des chatouillements d’évènements, c’est peut-être les meilleurs. Ça concerne ton corps sous cette forme là et ça concerne ton âme sous cette forme là…C’est sur le mot digne qu’il faudrait s’entendre. Qu’est-ce que c’est que cette dignité ? C’est à chacun de vous de répondre. Il faut aussi se gratter le corps, il faut être un pouilleux de l’événement. Mais là aussi, se gratter comment, là aussi il y a des manières immondes de se gratter.